Tchad-Coopération Sud-Sud
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LE CHARGE D’AFFAIRE DE L’AMBASSDE DU TCHAD A ABIDJAN, M. BILAL MAHAMAT ALI :
« Nous disposons d’un code d’investissement très alléchant »
Le Tchad a ouvert son ambassade à Abidjan depuis 1978 mais malheureusement avec les événements douloureux de 1979 que ce pays a connus, l’ambassade du Tchad a dû fermer, et depuis lors, le contact diplomatique était assuré par un Consul honoraire. Avec la visite officielle en juin 2006 de SEM le Président Laurent GBAGBO au Tchad, les deux pays ont décidé d’établir les contacts directs à travers des missions diplomatiques permanentes. A cet effet, l’ambassade du Tchad a rouvert à Abidjan en juillet 2009.
Dans cet entretien SEM BILAL Maha mat Ali nous livre ses impressions sur les relations entre nos deux pays, situe les nouveaux enjeux économiques de son pays (désormais exportateur de pétrole) ainsi que les difficiles relations avec le Soudan voisin. Suivons-le.
Guineenouvelle.info: Excellence, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
- M. BILAL MAHAMAT Ali : Je tiens tout d’abord à vous remercier pour cet entretien. Je m’appelle BILAL MAHAMAT Ali, Chargé d’affaires assurant l’intérim de l’ambassade du Tchad nouvellement installé à Abidjan. Conseiller des affaires Etrangères, j’ai été Chef de Division des Droits de l’Homme à la Direction des Affaires Juridiques au Ministère Tchadien des Relations Extérieures, avant d’être nommé à Abidjan. Je suis très heureux d’être ici, dans ce pays d’accueil et d’hospitalité.
Guineenouvelle.info :Quel est l’état des relations entre les deux pays frères, le Tchad et la Côte d’Ivoire ?
M. BILAL MAHAMAT Ali : Les deux pays frères sont unis par des liens séculaires et entretiennent d’excellentes relations depuis les premières années de nos indépendances respectives. La visite de travail et d’amitié de SEM Laurent GBAGBO à NDJAMENA en juin 2006 a ouvert la voie de la relance effective t à l’impulsion de la coopération entre les deux pays frères. C’est ainsi qu’il a été décidé de créer une grande Commission Mixte de Coopération dont la mission est de :
- mettre en place une commission spéciale de lutte contre la prolifération des armes légères et le grand banditisme ;
- Conclure un accord économique, technique, culturel, scientifique et de transport aérien.
Guineenouvelle.info: Dans quelque temps, les Ivoiriens iront aux urnes, comment voyez-vous les choses ?
- M. BILAL MAHAMAT Ali : Nous suivons avec un intérêt particulier l’évolution positive de la situation intérieure de la Côte d’Ivoire et pensons qu’avec la sagesse des acteurs politiques en présence, le pays s’en sortira. Nous venons d’apprendre officiellement que les élections ont été repoussées et nous estimons que ce report est dans l’intérêt de tous car il faut des élections justes, bien menées et crédibles pour que nos frères Ivoiriens retrouvent définitivement la paix, la prospérité.
Guineenouvelle.info: Comment se porte l’économie du Tchad ?
M. BILAL MAHAMAT Ali : L’économie tchadienne a longtemps été dominée par l’agriculture et l’élevage. L’exploitation du pétrole du Tchad en 2003 a jeté les bases d’une économie prospère et durable. Les ressources du pétrole ont donné un coup d’accélérateur au développement économique de mon pays.
Aujourd’hui, l’ensemble du pays est en dizaines de ponts, d’aéroports, d’aérodromes ont été également construits. L’éducation et la santé bénéficient elles aussi d’une attention particulière. En matière d’infrastructures scolaires, 165 établissements primaires, 16 Lycées et 25 collèges d’enseignement secondaires ont été construits. A cela s’ajoute la construction des hôpitaux régionaux et un grand hôpital de la mère et de l’enfant à Ndjamena.
D’autres ouvrages ont été construits à travers le pays notamment les châteaux d’eau, et des forages d’eau potable ainsi que des aménagements, des mares.
S’agissant de la question de l’énergie, mon pays vient de se doter d’une raffinerie qui dans un avenir proche règlera la question de l’électricité.
Le chômage a été absorbé de plus de 75%. L’exploitation du pétrole n’a pas fait oublier à mon pays l’agriculture et l’élevage qui ont été longtemps la base de son économie. Plusieurs projets ont été initiés pour développer ce secteur agropastoral ;
Ainsi donc, pour répondre concrètement à votre question, je peux me permettre de dire que l’économie du Tchad se porte bien, car plusieurs opportunités d’affaires s’offrent aux investisseurs. Le terrain est vierge et nous souhaitons que ce soient nos frères d’Afrique qui en profitent et ce, dans le cadre d’échanges sud-sud. Nous disposons à cet effet, d’un code d’investissement très attrayant.
Guineenouvelle.info: Vos relations avec les pays frères qui vous entourent : le Soudan, la Libye, le Niger, le Cameroun ?
- M. BILAL MAHAMAT Ali : La politique de bon voisinage a été depuis toujours le principe directeur de la politique étrangère de mon pays et dans cette optique, nous avons vécu en bonne intelligence avec tous les pays frères qui nous entourent. Malheureusement, ces dernières années, nous vivons des difficultés avec le Soudan avec qui nous avons une frontière commune de plus de 1000 kilomètres. De part et d’autre de cette longue frontière, vivent les mêmes communautés dans la fraternité et la quiétude totale.
Depuis le déclenchement de la regrettable crise du Darfour, le Tchad subit directement les conséquences désastreuses de cette crise. Plusieurs centaines de milliers de réfugiés soudanais ont traversé la frontière tchadienne et ont bénéficié de toute l’hospitalité tchadienne.
En effet, cette crise est la conséquence logique de la politique du régime de Khartoum au Darfour. Le Soudan a transposé cette guerre au Tchad par la création, le recrutement, la formation et l’équipement de mercenaires de tout bord juste parce que mon pays n’a pas la même vision que lui sur la gestion et le règlement de cette crise. Pour le Soudan, il faut par touts les moyens placer à Ndjamena un autre régime qui le soutiendra dans sa logique.
Ainsi, plusieurs attaques meurtrières à parti du territoire soudanais contre le Tchad ont été mises en échec.
Malgré cette agression caractérisée imposée au Tchad par le régime soudanais, mon pays ne s’est pas lassé à œuvrer résolument au règlement de la crise du Darfour. Plusieurs accords de paix entre le gouvernement soudanais et sa rébellion ont été signés sous la médiation tchadienne.
Par contre, le Soudan n’a cessé d’agresser et de déstabiliser le Tchad par des attaques répétitives de ses mercenaires. Aussi, à l’initiative des pays amis et organisations internationales, plusieurs accords de normalisation de relations entre les deux pays ont été signés, mais malheureusement, violés par le Soudan. Je n’en veux pour preuve les Accords de Syrte et Tripoli en Libye (octobre 2007 et janvier 2008), Khartoum au Soudan (en août 2006), Riyad en Arabie Saoudite (mai 2007), Dakar au Sénégal (mars 2008 et enfin Doha au Qatar (mai 2009), c’est-à-dire que depuis 2002 à nos jours, le Tchad a été victime de plus de trente attaques de grande envergure à partir du Soudan.
En dépit de cette situation, SEM le Président Idriss Deby Itno reste serein et confiant. Il continue à consentir de lourds sacrifices pour le règlement de cette crise, et d’ailleurs, il a pris part à la dernière réunion du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine sur le Darfour tenue à Abuja. Il a également reçu au mois d’octobre dernier une délégation soudanaise conduite par le Conseiller spécial du Président soudanais et cette délégation affirme que le Soudan s’est engagé sur une nouvelle voie pour faire la paix définitive avec le Tchad. Nous osons espérer que cette fois ci, le Soudan jouera franc jeu pour restaurer la confiance. Je vous remercie.
Entretien réalisé par Saint-Brilland, collaboration Tanoh Eugène
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